Chers lecteurs, cher passant égaré en ces lieux après une requête google, chère machine à spam venu polluer ces commentaires, un très joyeux noël à vous tous !
A l'évidence, ce blog n'est plus très productif. Aussi, je tente une expérience pour le sauver. Comme il m'est plus facile d'accéder aux mails qu'à ma plateforme Dotclear, je lance un blog sous Posterous, que vous trouverez à cette adresse : http://raveline.posterous.com. Au plaisir de retrouver mes lecteurs et amis là bas, et en vous souhaitant encore un très joyeux noël.
(N.B. : Ce site n'est pas mort, il végète. Un autre moment, j'y reviendrais peut-être, ou pas. Pour l'heure, pas de mot "fin", pas de conclusion, pas de fleur ni couronne ni de "Je m'en vais" à la Giscard.)
Joyeux noël !
Par Raveline le vendredi, 25 décembre 2009, 10:12
Règles pour le parc humain
Par Raveline le mercredi, 16 décembre 2009, 20:21 - Dernière heure
Le lectorat me fera crédit de ne faire "de l'indignation permanente leur fond de commerce" selon l'expression délicate de M. Mariani. Toutefois, on me permettra de sortir de ma torpeur bloggistique actuelle pour commenter cette brillante saillie de Frédéric Lefebvre :
Qui pourrait comprendre que des afghans dans la force de l’âge n’assument pas leur devoir, et échappent à la formation que, notamment les forces françaises, leur proposent pour défendre leur propre liberté dans leur pays.
La différence entre les propos de Brice Hortefeux sur les "auvergnats", les remarques pleines de finesses de Madame Morano concernant la pratique du verlan par nos minorités ethniques, et autres sorties auxquelles ce gouvernement nous a habitué, c'est la forte dimension normative inscrite dans cette phrase : tu es jeune, tu es bien portant, ton pays est en guerre civile, va te battre, c'est ton devoir.
On pourrait bien sûr faire dans la facilité et rétorquer à M. Lefebvre que, non, il n'y a rien de honteux à vouloir fuir cela.
On pourrait bien sûr faire dans la facilité et rétorquer à M. Lefebvre que nul ne songerait à accuser les français qui ont quitté leur pays en 1941 d'être des lâches.
On pourrait bien sûr faire dans la facilité et rétorquer à M. Lefebvre que s'il pense ainsi, c'est qu'il a trop médité les paroles qui sont sur les lèvres des jeunes UMP selon lesquelles "la vie est une éternité", ce qui, forcément, rend les choses plus faciles.
Mais on se contentera de suggérer à M. Lefebvre que le fait d'avoir pour occupation publique de se couvrir de ridicule - et, reconnaissons-le, de coups - n'est pas en soi un diplôme qui permet de juger le courage d'autrui. L'arène politique - surtout quand on la pratique dans la zone, éminemment dangereuse pour un homme politique de l'UMP, des hauts-de-seine - ne suffit pas à juger les autres formes de combats. Peut-être qui si on se penchait plus sur l'identité nationale en Afghanistan que l'identité nationale en France, on éviterait les clowneries de M. Lefebvre.
Quantités
Par Raveline le dimanche, 6 décembre 2009, 11:05 - Quote / Unquote
"Combien de personnes ont assisté à la première audition de la Symphonie Héroïque de Beethoven ? 200, car la (sic) salon du prince Lobkowitz, une fois l'orchestre installé, ne pouvait en contenir davantage. Et combien au concert public à l'"académie" où fut donnée pour la première fois la Neuvième ? 2000, au grand maximum, et Beethoven était connu, célèbre, "populaire". Et combien de fois la Neuvième a-t-elle été donnée, entre sa première audition en 1818, et la mort de Beethoven en 1827 ? Pas une seule fois, à Vienne tout au moins."
Antoine Goléa, La musique de la nuit des temps aux aurores nouvelles, t. II, Alphone Leduc, introduction ("Où est le public du XXe siècle ?").
Mystères de l’existence (II) : le caoutchouc
Par Raveline le dimanche, 15 novembre 2009, 10:51 - Pastiches & Textes
Mon lectorat me pardonnera, j’espère, le peu de temps que je puis lui consacrer. C’est incroyable à quel point le travail peut vous occuper, et cette année étant quelque peu chargée, je crains qu’il faille s’habituer à subir mes divagations que de temps à autre. Cependant, mon cerveau étant désormais complètement envahi par un certain nombre de considérations inutiles, ses instants de lucidité sont consacrés à collecter des informations aussi infimes que stupéfiantes. Témoin notre découverte d’aujourd’hui, où l’on découvrira que la méconnaissance des tribus amérindiennes est un drame ; que lorsque je pense et lorsque Dieu crée le caoutchouc, il n’y a mathématiquement aucune différence ; que le métro est un lieu hautement religieux et alchimique ; que l’homme ne devient point liquide, mais sève d’hévéa ; que l’élastomère de la chair n’empêche point l’acier impitoyable de l’esprit ; et que les dieux qui conçurent le métropolitain nous léguèrent, pour l’étonnement de nos yeux et la perpétuelle soumission à l’inexplicable, de profonds, ou devrais-je dire, de surélevés mystères.
Le caoutchouc est probablement l’une des choses les plus incongrues qu’on puisse offrir à la contemplation de l’esprit humain. Outre son orthographe proprement aberrante, le mot provenant d’un peuple sud-américain indéterminé, le caoutchouc se caractérise par cette volonté divine extrêmement capricieuse : donner une forme à l’informe. Or, donner une forme à l’informe, c’est également l’activité cérébrale quotidienne, fréquemment et vulgairement désignée sous le nom de pensée (encore que, chez un certains nombre de nos contemporains, nous compris, l’opération inverse tient couramment lieue d’activité cérébrale). En d’autres termes, le caoutchouc et le produit de l’esprit humain sont frères dans le royaume des essences.
Or, parlant de royaume, il est un lieu extrêmement étonnant, où le caoutchouc semble envahir notre existence ; bien sûr, à l’amateur éclairé, la substance qui s’est nourrie du même lait que la progéniture de nos synapses se voit à peu près partout, elle envahie même notre existence. Mais il n’est aucun endroit qui évoque autant le caoutchouc que le métro. Toute l’expérience métropolitaine consiste à s’extraire de la surface balayée par l’informe – essentiellement immatérialisé par le vent – pour s’abîmer dans un domaine de matière dure et de formes extrêmes – généralement incarné par des couloirs et des marches d’escaliers – avant d’atteindre, tel l’Âne d’Or au terme de son voyage, la révélation fournie par l’Isis de la régie des transports, ce monstre composite du domaine supra-métropolitaire et sub-métropolitaire, le métro en lui-même. Glissement des portes ; glissement du train pneumatique ; fenêtres encadrées par la fine matière noire ; flux de ceux qui sortent à pas pressés, immédiatement compensés par ceux qui rentrent en jouant des épaules ; oscillation des passagers, bom, bom, bom, qui semblent avoir sous les chausses d’infimes marteaux-piqueurs ; le tout dans cette carcasse immuable, plastique ou métal à l’air profondément hypocrite, cette matière improbable dans ce royaume de souplesse. Qui nierait que le métro réalise les noces de la forme et de l’informe, célèbre tout à la fois le génie de la pensée et le génie du caoutchouc, transforme chacun de nous en cette matière malléable ?
Le souffle du vent se retrouve dans celui de la rame projetée vers ou loin de nous ; dans les frôlements incessants, dans ces frictions inconciliables avec le fuyant élastique, dans ces barrages soudains de contrôleurs, comme une immense rafale, qu’on franchit si péniblement. Lointain écho qui nous protège, nous permet de subir avec douceur la transformation des états.
Ainsi, la science alchimique permet de l’énoncer sans trop de mal : l’homme ne devient point liquide, il devient caoutchouc, chose souple et malléable, non selon la température, mais selon le niveau de la terre. Plongez-le sous la surface, le voici qui devient latex ; sa transformation sera complète lorsqu’il se tiendra dans la rame ; puis, en ressortant, déjà il se tend, il se durcit à nouveau ; replongé à la surface, il est redevenu solide. Je laisse à un autre la démonstration (aisée) qui prouverait qu’en s’élevant par-delà la terre, mettons au moyen d’un avion, l’homme devient gazeux, ou, plutôt, gaze. La postérité expliquera sans doute (chose autrement plus délicate !) pourquoi l’esprit devient si rigide dans ce métro qui fait de nos corps de longues tiges gluantes ; témoin ces rixes qui éclatent à toute occasion, sous prétexte qu’on marche sur les pieds d’autrui, alors qu’à l’évidence, ces pieds ayant perdu forme solide, cela ne saurait causer trop de dégâts. Je soupçonne que le fâcheux tient à protéger le cuir de ces chaussures plus que le pneumatique de ses panards.
Enfin, bien sûr, demeurera toujours écrite en nous l’énigme ancestrale : quelle leçon, alors, notre religion des transformations de la chair humaine a voulu nous donner en inventant le métro aérien ? Gageons que le mystère demeurera toujours.
Et c’est ainsi qu’Allah est grand.
Mystères de l'existence (I) : les machines à café
Par Raveline le samedi, 24 octobre 2009, 11:06 - Pastiches & Textes
Avant toute chose, que mon lecteur pardonne mon long silence. Il est difficile de travailler et de bloguer en même temps, et il faut, en cette début d'année, que je trouve mon rythme. Là, tel qu'on me lit, je suis dans un état qui ferait de moi un candidat de choix pour jouer dans un film de Romero. Aussi ne m'en voudra-t-on pas, j'espère, de ne point m'exprimer sur certains sujets croustillants de notre actualité ; non, je ne vais pas parler du coup médiatique impressionnant joué par Jean Sarkozy ; non, je ne vais pas me lamenter en disant que la moindre taxe sur les banques signifierait une augmentation des charges pour leurs clients ; non, je ne vais pas commenter le procès Clearstream. Je voudrais vous parler de choses plus graves, plus nobles, plus profondes.
Les machines à café. Cela fait maintenant de nombreuses années que j'y recours. Entendons nous bien : je ne parle pas de cafetière - c'est un tout autre sujet - mais bien des distributeurs de caféine, amoureusement installé ça et là. J'en ai vu dans les lycées. J'en ai croisé dans les universités. Et j'en fais à présent une consommation monstrueuse au travail. Parce qu'une grande découverte de ma première semaine en entreprise peut se résumer ainsi : le monde de l'entreprise est un monde étrange, où plein de choses sont au rabais. Et, parmi ces rabais, il y a une machine à café au prix si dérisoire (presque trois fois moins que celui de la fac, tout de même), que ce serait un crime de n'en pas profiter.
Certains pensent que les détours fréquents aux machines à café sont une forme de procrastination. Jetons sur ces athées de la caféine un regard plein de mépris ou de pitié. Laissons-les demeurer dans leur fausse lumière, car ils n'ont pas connu de ces révélations profondes ; on n'entre pas dans le monde de la cafolatrie à petit pas. Pour reprendre les mots immortels de Dylan Thomas, le néophyte en voie d'initiation, aux portes de la machine à café pourrait s'entendre recommander : do not go gentle into that good night.
La particularité du dieu de la machine tient à ce que ses adeptes sont plus exigeants de lui, que lui-même vis-à-vis d'eux. Ce n'est pas un dieu jaloux. Ce n'est pas un dieu colérique. Mais, bon sang !, qu'est-ce que les gens peuvent demander à ces pauvres machines. Les adeptes du café sous sa forme pure, sorte de secte hyper-orthodoxe à laquelle j'appartiens, ne conçoivent pas de mélanger du lait à leur dose de caféine. Pas plus qu'ils ne se complairaient à cet acte de barbarie que je voudrais faire interdire par la convention de Genève : mettre du sucre dans son café. Las, la machine se plie à tous les désirs, même les plus immoraux et les plus inhumains. Prodigieux dispositifs qui peut vous confectionner tant de variantes autour d'un même thème. Miracle de l'ingénierie. A moins que ?
Car toutes les machines à café ont en commun une particularité, une incongruité. Faites en comme moi l'expérience. Cessez de lire ce blog superficiel, et allez vous chercher un café. Prenez le court sans sucre. Maintenant, au lieu d'échanger des banalités avec un passant (a-t-on idée de papoter ainsi devant la réalisation d'un miracle quasi-eucharistique, je vous le demande), accroupissez-vous pour observer le processus de fabrication du café. Vous constaterez immanquablement qu'un peu de café va couler, mais, une fois ce flot tari, le bip salvateur ne raisonnera pas dans la pièce. La machine va continuer à vibrer, se livrant à une activité incertaine, sans que rien ne soit ajouté au contenu du gobelet.
Ma théorie personnelle est la suivante : même pour un café sans sucre, la machine donne à l'opération exactement le même temps que celui pour un café sucré, donc, compte la phase d'addition du sucre et de la cuillère. Je ne vois pas de causes à ce délai sinon. En d'autres termes, on perd systématiquement 5 secondes en consommant son café sans sucre, à cause de ces connards de sucreurs de café. 5 secondes, si on prend trois cafés par jours à la machine, cela en fait quinze. En une semaine de cinq jours, on aura perdu une minute et quinze secondes. En un mois, pratiquement cinq minutes. En un an, une heure. Autant dire : en vingt quatre ans, ce qui passe tout de même très vite, les sucreurs et lacteurs nous auront fait perdre une journée de notre vie.
Une journée à cause des gens qui sucrent leurs cafés. Et c'est ainsi qu'Allah est grand.
Nul unique cordeau aux trompettes de Marine
Par Raveline le mercredi, 7 octobre 2009, 18:28 - Dernière heure
Titre de frime culturelle et alambiqué (c'est le cas de le dire, pour un vers d'Alcools), qui laissera sans doute mon lecteur s'interroger. Ne le laissons pas dans l'ombre. Je n'ai pas parlé sur ces pages de l'affaire Polanski, tout simplement parce que d'autres ont dit, mieux que moi, pourquoi il ne fallait pas faire du cinéaste un martyr, victime de "l'Amérique qui fait peur" ou autre sornette du même tonneau (pour rester dans le domaine propre aux boissons fermentées).
Toutefois, j'avais moi-même songé, en voyant les déclarations de Frédéric Mitterrand, que celui-ci était particulièrement mal venu de s'exprimer sur ces sujets, compte tenu de ce qu'il révélait dans la Mauvaise Vie ; élément que Marine le Pen a soulevé récemment. Que l'on m'entende bien. Je ne suis pas pour que les individus ayant des tendances pédophiles soient mis définitivement aux bans de la Cité - je suis pour qu'ils subissent une peine lorsque, cédant à ces tendances, ils violent la loi ; mais cela ne signifie pas que ces individus sont, automatiquement, des monstres irrémédiables, qu'il faudrait museler, cacher, ensevelir, que sais-je encore. Et c'est précisément, parce que j'estime la valeur des idées et des propos sans m'arrêter trop longtemps à qui s'en fait le porte-parole, que je vois à présent la différence entre M. Mitterrand et moi-même.
Celui-ci déclare en effet :
"Si le Front national me traîne dans la boue, c'est un honneur. Si un député de gauche me traîne dans la boue, c'est une honte pour lui", a-t-il ajouté.
Quelques remarques de principes. Tout d'abord, le principe de la vie politique, et le principe de la vie publique, est qu'on sera tôt ou tard traîné dans la boue. Même un homme d'une certaine probité comme Lionel Jospin s'est vu violemment reprocher, par exemple, son refus d'admettre son passé de militant trotskiste. Ensuite, le Front National, parti qui a malheureusement récupéré le nom d'un digne réseau de la résistance, présente certes des traits idéologiques fâcheux ; notamment, une manipulation de l'universalisme républicain tout à fait malhonnête, qui est soudainement mis au service de ce qui est au fond une haine irrationnelle de l'étranger (ou, pour être plus exact, de l'immigrant) ; une conception stupide, au sens étymologique du terme, c'est à dire "immobile", de la culture et de la civilisation nationale, et une obsession, du reste, sur le cadre national, qui en fait un parti essentiellement passéiste. Mais, ceci posé, le Front National n'en défend pas moins certaines valeurs objectivement respectables, par exemple, la famille. Certes, il y a, comme dans toute prise de position politique, un certain pharisianisme là-dedans ; les plus catholiques de mes lecteurs, persuadés que le mariage est un sacrement (et rétif à tout argument de type sola scriptura), sourcilleront en voyant que Jean-Marie le Pen divorça de son épouse. Par ailleurs, on peut légitimement considérer que la famille n'est pas une valeur défendable. Comme Gide, par exemple.
Ah, Gide ! Sans doute est-ce l'amour de ce Dieu tutélaire des pédérastes qui guida Frédéric Mitterand vers le tourisme sexuel. Gide fut initié, on s'en souvient sans doute, en Afrique du Nord par Oscar Wilde en personne. Pour ma part, tout à fait prêt à admettre qu'il puisse exister des liens amoureux entre un majeur et un adolescent, sachant par l'expérience de l'histoire que notre époque regarde parfois les relations de ce type avec une horreur qui surprendrait nos ancêtres, je ne saurais pour autant justifier, accepter, de telles relations placées sous le sceau de la prostitution. Cela ne m'empêchera jamais d'admirer Gide et Wilde. Mais, seraient-ils mes contemporains, je jugerais que, refusant de se conformer aux lois de la Cité, ils auraient à en subir le juste courroux.
André Gide, en 1945, jugea l'épuration avec sévérité. C'était le jugement d'un homme nuancé (sans doute trop nuancé, ce qui ne le prédisposait guère à l'action ou à la résistance). Quel homme admirable, pour condamner le colonialisme, être capable de lucidité face au communisme, et montrer de l'humanité en 1945, malgré la façon dont son nom avait été "traîné dans la boue", pour reprendre l'expression de notre ministre de la culture. Comme quoi, on peut se livrer au tourisme sexuel et avoir des qualités.
On peut de même être d'extrême-droite et dire des choses intelligentes, ou justes. Ce n'est pas parce qu'une parole provient des moutons noirs de la classe politique que celle-ci n'a aucune valeur. S'il y a quelque chose qui fait honte à la classe politique, ce n'est pas de reprendre en choeur ce que dit Marine le Pen. C'est de ne pas l'avoir dit avant.
Par cette nouvelle sortie, Frédéric Mitterrand présente le visage de la culture qui fait peur, pour parodier ses termes. Celle qui moralise. Celle qui juge. Surtout, il veut à la fois jouer à l'artiste accablé, individu qui se drape dans son sublime contre la médiocrité et le jugement de la masse de la société (Oscar Wilde à son procès), et incarner l'institution ministérielle, c'est à dire la voix de cette société. A un moment, il faut choisir. Si on est relativiste, ou libéral, et il n'y a là rien de méprisable, eh bien, on assume jusqu'au bout.
edit : Voir aussi, sur le même sujet, pour des avis divergents, Authueil et Versac, pour un résumé sobre et efficace, l'excellent billet de Jules de Diner's Room, et, pour des avis convergents, le Chafouin et Philippe Bilger.
Puissance de l'action publique
Par Raveline le samedi, 3 octobre 2009, 17:56 - Quote / Unquote
Malgré ce constat, l'idée caressée par M. Bartolone d'un appel commun contre l'insécurité à l'adresse du gouvernement, a tourné court face aux réticences des élus de la majorité. A minima, ils ont débattu de la création d'un observatoire départemental de la délinquance.
Le Monde du 03/X/09, "En Seine-Saint-Denis, élus de droite et de gauche dénoncent l'aggravation de l'insécurité".
Dans votre grand deux grand B[1], je sais que ça vous gave de voir proposer des idées. Quand vous n'avez pas lu le rapport X ou Y sur la question, il faut bricoler. Mais par pitié, ne proposez pas la création d'un observatoire. On en a déjà des milliers, ça ne sert pratiquement jamais à rien. C'est bien simple ; observatoire, ça signifie : j'ai pas d'idée.
Souvenir personnel de la Prep'ENA (je cite de mémoire un prof de culture générale).
Notes
[1] Note à l'attention de ceux qui ne sont pas familiers des dissertations type concours de la fonction publique. En général, la dernière partie (II-B) d'une dissertation ou d'une note de synthèse est consacrée à proposer des "solutions". Par exemple, en droit parlementaire ou sur une question de droit constitutionnelle, il convient de citer le rapport Balladur. Les plus impertinents peuvent faire remarquer que certaines des propositions du rapport ont déjà été proposé six fois, lors de rapports précédents. Mais il vaut mieux faire preuve d'une "courtoise référence", sans persifler.
Le futur dans le passé : histoire des prospectives
Par Raveline le vendredi, 25 septembre 2009, 18:38 - Bibliothèque idéale
Il y a fort longtemps que je n'ai pas publié un billet de ma bibliothèque idéale. J'en rappelle brièvement le principe : il s'agit en fait de définir un livre que j'aimerais avoir, mais qui, à ma connaissance, n'a jamais été écrit.
Il existe déjà des ouvrages traitant, essentiellement, des oeuvres assimilables à la littérature de Science-Fiction ou d'Anticipation (tels la fameuse Journée d'un journaliste américain en 2889 de Jules Verne, ou, peut-être moins connu de l'honnête homme, le génial L'an 2440, rêve s'il en fût jamais de Louis-Sébastien Mercier[1]). Mais il n'y a pas, je crois, d'histoire de la prospective, c'est à dire de la volonté, hors but ludique ou esthétique, de définir de quoi l'avenir sera fait.
Il est évident que la prospective est une activité quasiment fondamentale de toute société ayant un sens de l'histoire, même infime. On ne saurait se limiter à ses formes rationnelles, aussi une première partie du livre pourrait être consacrée à Divination et prise de décision ; il n'est pas question d'y employer, comme charnière, la seule antiquité, ou le seul Moyen-Âge. Tout lecteur de la Chartreuse de Parme sait que voir des signes est une maladie sans âge, et les mythes des astrologues ou grands sorciers de tel ou tel roi et président, aux ères modernes et contemporaines, ont leur fond de réalité.
Ces premiers éléments permettront de dégager la place de celui qui annonce, celui qui prédit ; la fonction qu'il remplit ; la relation qu'il occupe avec celui qu'il conseille. On montrera aussi que la divination n'est pas synonyme d'une société arriérée ou irrationnelle : ainsi, l'oracle de Delphes recevait des questions de type économique (par exemple, "Que dois-je planter dans mon champ ?", et pouvait fournir une réponse relativement rationnelle, dans la mesure où, centre de voyage éminent pour le monde grec, les membres du clergé d'Apollon disposait en réalité de nombreuses informations sur le marché). L'oracle, enfin, occupe une place toute politique, qu'il conviendra de montrer (là encore, la dimension pro-Mède de l'oracle de Delphes, bien connue, est assez symptomatique). Sur les pouvoirs de la prédiction, je dois à l'agrégation d'avoir lu d'excellents chapitres de François Crouzet sur la question (tout ce qui concerne l'astrologie judiciaire dans les Soldats de Dieu vaut vraiment la lecture ; en gros, une immense partie du contexte des violences des guerres de religion serait, sinon liée, au moins corrélé, à un développement de l'astrologie, et de manière générale à la prédiction eschatologique - ou, si on préfère, apocalyptique).
Ce premier chapitre posera les bases nécessaires pour aborder de plein pied la lente naissance de la prospective rationnelle, ce que traitera un deuxième chapitre, qu'on pourrait nommer Prévoir les hommes, ce qui n'est pas très sexy j'en conviens. Il sera intéressant, non seulement de montrer quels critères furent retenus pour évaluer ce de quoi l'avenir sera fait, mais aussi, les erreurs, liées aux nombreuses incohérences de la statistiques. On se concentrerait, dans ce chapitre, sur les prévisions économiques, démographiques, sociales et politiques. Toute la discussion sur le PIB pourrait être éclairé par la mise en perspective, en remontant aussi loin que possible, des indicateurs employés par notre espèce. De même, la prévision des épidémies (et, a fortiori, pandémies).
Un dernier chapitre, non moins intéressant mais qui à mon avis demandera le secours d'experts scientifiques, pourrait être "Prévoir le monde". Tout lecteur de l'anthologie de l'humour noir, par exemple, a sans doute retenu ces extraits incroyables de la cosmologie de Fourier :
Lorsque le genre humain aura exploité le globe jusqu'au-delà des soixante degrés nord, la température de la planète sera considérablement adoucie et régularisée : le rut acquerra plus d'activité ; l'aurore boréale devenant très fréquente, se fixera sur le pôle et s'évasera en forme d'anneau ou de couronne. (...) A cette époque, le globe entier sera mis en culture, ce qui causera un adoucissement de cinq à six degrés, et même douze, dans les latitudes encore incultes comme la Sibérie et le haut Canada.[2]
Du reste, cela inciterait à dresser l'histoire, non seulement des prévisions de l'évolution du globe, mais aussi, bien sûr, des réactions à ces prévisions. Problème, là encore, brûlant d'actualité ; on peut penser aux déclarations de Vladimir Poutine, auprès de la présidence de l'Union Européenne, qui, en 2003, affirmait très sérieusement ne pas comprendre pourquoi tant de gens désiraient combattre l'augmentation de la température sur le globe quand la population russe ne rêvait que de cela. Certainement, cela ferait le jeu des adversaires acharnés des explications anthropiques au réchauffement climatique, puisqu'on trouverait probablement un grand nombre de prévisions fausses. Mais il faut se garder de prévoir l'avenir des prévisions... un conseil, du reste, à mes collèges blogueurs Criticus et H16 qui cite une conférence de Vincent Courtillot, il ne faut pas oublier que lorsqu'on ne connaît rien à un sujet scientifique, un expert n'est pas plus expert parce qu'il dit le contraire de ce que racontent les autres (sur Courtillot, voir par exemple cette vieille note de Sylvestre Huet ; par ailleurs, autant je peux tout à fait comprendre le raisonnement consistant à dire : "Il n'y a pas de certitude absolue", puisqu'effectivement, un scepticisme de principe ne saurait trop nuire, autant le transformer en "le GIEC est une émanation du grand complot ONUcrate", c'est franchir un pas des plus hardis, et risquer de compromettre par trop le tranchant de la pensée).
Sans doute, mieux nous pouvons prévoir l'évolution de notre monde, plus la divination archaïque recule, et plus il est aisé de comprendre le comportement humain, ou au moins les facteurs majeurs qui le feront évoluer. Lorsqu'on en sait bien plus sur les comètes, le désenchantement du monde leur fait perdre, au moins pour une majorité d'individus, leur aura surnaturelle. Sauf à ce que l'art de la prédiction reste, en soi, une vieille lubie humaine, un art perfectible, mais qui ne sera jamais une technique. Voilà le genre de questions auxquelles ce livre aiderait à apporter une réponse.
Mise à jour
Par Raveline le jeudi, 24 septembre 2009, 12:49 - Journal
Chers lecteurs, il y a peu, je vous faisais part de mon désespoir profond et j'invoquais la puissance de votre imagination pour me tirer de là (mais si, souvenez-vous). Entre temps, j'ai annoncé, via Twitter, que les choses semblaient aller mieux (on observera, dans ce tweet, ma faconde prompte à l'exagération enlevée et enjouée).
Devant les demandes, parfois très insistantes ! ("Des détails or die !", m'envoie Celui, qui ne partage pas ses Tweets, l'affreux), et me devant à mes lecteurs de les rassurer quelques peu, et surtout de les remercier.
Mais, fidèle à ma méthode consistant à parler le moins possible de ce que je fais, je ne livrerais pas, d'emblée, tous mes secrets, ça ne serait pas drôle. D'autant que la "vie privée" du blogueur m'est chère. Enfin, il va sans dire que je ne bloguerais pas une ligne sur ce que je ferais (en tout cas, pas de façon directe !).
Donc, voici ce que je peux dire : je suis en master Pro, avec un contrat d'alternance (une semaine en entreprise, une semaine à l'université), dans le domaine informatique - oui, ça fait une grande réorientation, j'en conviens.
Merci à Jeremy, Samantdi, Emmanuel, KamiSeiTo, Aymeric, Camille, Celui, Baroque, ZI, Wavrill, Embruns, Serein, Paxatagore, Elessar, Laurent, Bernardine, et, via Twitter, Koz, Rubin, AymericPontier, Nick Carraway, Le Chafouin, Esurnir, et tous ceux que j'ai oublié, pour leur soutien, leurs conseils et leurs encouragements.
J'aurais probablement moins de temps pour bloguer (je dis toujours ça, je sais), mais j'ai encore deux semaines de vacances devant moi. Autrement plus agréables d'être en vacances quand on sait ce qu'on fera quand celles-ci seront finies !
Suicide, RMI & autres joyeusetés de l'existence
Par Raveline le mercredi, 23 septembre 2009, 10:20 - Dernière heure
Via Embruns, je tombe sur cet article du Figaro, délicieux échange furibard entre un pilote d'avion et un contrôleur aérien, le premier accusant le second d'être une grosse feignasse (pour résumer). Dans les commentaires, cet exemplaire rare du papillon ferox poujadex vient se prendre sur mon aiguillon de collectionneur :
Fonctionnaires... S'ils ne sont pas contents comme les SNCF ils feront grêve (sic) et emme.....tout le monde. Si on les contraint de travailler ils se suicideront, mais jamais ils ne prendront leurs responsabilités face à ceux qui ne comptent pas leurs heures. Deux philosophies qui ne se rencontrent que pour ne pas se comprendre.
En bas de chez moi, on trouve un papier que quelque propriétaire de zygomatiques sous-employés aura placardé. D'une écriture énergique, certains diraient démentielles, il est écrit quelque chose comme : "Supprimons le RMI et foutons 1 millions de gens au travail, y'en a marre de ces connards qui touchent des centaines d'euro pour pouvoir ne rien foutre et faire des gosses". Dans le discours anti-allocations, il y a toujours un moment où on accuse les gens de "faire des gosses". Ceci dit, moi non plus, je n'aime pas les gosses.
Il est normal de haïr ses voisins. Tenez, chez moi, hier, une voisine s'est mise à faire du saut à l'élastique vers 23h00. Qu'elle touche ou non le RMI, je n'en ai rien à faire (d'autant qu'il faut être moderne et penser au RSA, plutôt, non ?). Par contre, qu'elle sautille sur place en faisant un rafus monstre, me paraît une cause de haine rationnelle.
"Ils se suicideront, mais jamais ils ne prendront leurs responsabilités". Et peut-être le lecteur partagera-t-il mon dilemme ? J'étais à la terrasse d'un café (il ressort de ce billet, notez le bien, que moi-même, je ne suis pas un bourreau de travail !), et voilà que le serveur, que je connais un peu, me dit : "Eh bien, je ne suis pas loin du suicide, aujourd'hui". Comme je croyais qu'il manifestait un sens tout méridional de l'hyperbole, je tentais de le dérider en disant : "Pourtant, vous ne travaillez pas à France Télécom !". Là, après avoir brièvement ri, il s'est repris, ses joues se sont étirées comme pour faire signe qu'il devenait grave pour un instant. Et il m'a dit : "Vous savez, moi, je ne comprends pas. Je ne sais pas quoi penser. Eux, ils font 35 heures ou 39, guère plus ; ils sont assis toute la journée ; ils ne sont pas dehors en permanence ; nous, les garçons de café, on ne fait jamais grève, eux, ils ne se gênent pas ; alors, pourquoi ils se suicident ?".
Au fond, en dépouillant un peu la tirade de mon garçon de café de ses caricatures, on peut effectivement s'interroger (ou plus exactement, on voit bien, assez rapidement, intuitivement même, que ce n'est pas sous l'angle des pures "conditions de travail" qu'il faut comprendre les suicides à France Télécom). Quant au commentateur du Figaro, peut-être a-t-il au fond raison. Mais au prix d'un tel abandon de toute humanité qu'on aura bien du mal à le suivre. "Les SNCF", écrit-il. Un lapsus tout à fait symbolique.
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