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L'histoire & la Cité

Stars, Stripes & Obama

Toujours via HNN, décidément génial, cet article du Time sur le petits pin's représentant le drapeau américain (et, plus largement, sur la manie du drapeau qui étonne l'étranger mettant le pied aux Etats-Unis). Obama avait déclaré :

"I decided I won't wear that pin on my chest. Instead I'm going to try to tell the American people what I believe... and hopefully that will be a testimony to my patriotism."

(J'ai décidé de ne pas arborer ce pin's. J'entends plutôt dire aux Américains ce que je crois... et c'est ainsi que j'espère prouver mon patriotisme.)



Cause qui me le rendait très sympathique. Malheureusement, il faut, à défaut de se compromettre, faire des compromis. Obama porte le pin's, et l'article du Time souligne le caractère récent de cette mode - l'attachement au drapeau datant plutôt de la Guerre de Sécession, et non de la Guerre d'Indépendance ; la manie de le mettre partout est apparue au milieu du XXe siècle, avant de devenir l'enjeu d'une lutte idéologique dans les années 1960-1970.

Où ai-je lu, déjà, qu'il y avait en Palestine une entreprise qui faisait des profits monstres en vendant les drapeaux américains destinés à être brûlés ?

Les astronomes sont les meilleurs amis des historiens

En 55 a.n.è., Jules César réalisa un exploit rare dans l'histoire : il parvint à débarquer en Angleterre. On a toujours situé l'événement aux alentours des 26 et 27 août. Des tests réalisés par des astronomes l'an dernier suggère que la direction du courant à cette période de l'année, compte tenu des moyens technologiques de l'époque, rendaient la traversée impossible. Ergo, ce bon vieux Caius[1] aurait plus probablement franchi la Manche le 22 ou 23 août (History Today, Via HNN).

J'ai toujours adoré la campagne bretonne de César, à cause de la conception singulière de l'oppidum des bretons : la forêt fortifié. Je me suis toujours demandé à quoi ça pouvait ressembler. Bref, tout ça nous rappelle que si vous voulez des conjectures vagues, du flou, et des incertitudes, appelez un archéologue. Si vous voulez du concret, les géologues et astronomes sont là pour vous.

Notes

[1] Ah oui, un truc pour frimer, pour les non-historiens qui n'ont jamais appris le truc. Ne dites pas "Jules César". Jules n'est pas son prénom, c'est le nom de sa gens, les Iulii. Quant à César, c'est son cognomen. Donc, le vrai prénom de Jules César, c'est Caius. Bon, objectivement, si vous dites "Caius Julius", ou pis, "Caius Julius Caesar", ou pis encore "Caivs Ivlivs Caesar" dans les salons, vous passerez pour un gros snob. D'où la pratique simple : dites "Ce cher Caius", "Ce bon vieux Caius", ça suffira. Ou dites Jules César, et que les antiquisants arrêtent de nous emmerder.

Une oeuvre de science-fiction

Il est des jugements qu'on formule brutalement, et qui paraissent si évident ,une fois exprimés, qu'on ne comprend pas qu'ils ne nous soient pas venu plus tôt.
Ainsi, pas plus tard qu'hier soir, je me suis soudainement aperçu que le marxisme, avant d'être une idéologie, une théorie économique, philosophique, historique ou politique, est avant tout une œuvre de science-fiction. Je ne dis pas cela à des fins polémiques. Je ne suis pas un amateur de la critique tout azimut du marxisme ; je n'apprécie pas particulièrement ramener la gauche (et, plus spécifiquement, la gauche française) au marxisme. Déjà, je me verrais bien en peine de vous donner une définition du marxisme. Marx est à bien des égards une bannière, un produit marketing politique. Rien que son nom a un côté claquant, vif, sec, qui se prête fort bien à la fabrication d'un groupe d'admirateurs. Indépendamment de toute connaissance de l'œuvre ou du personnage[1].

Mais enfin, sans donner une définition du marxisme, je peux, comme la plupart de mes lecteurs j'imagine, résumer grossièrement le déroulement de l'histoire selon Marx : suite à une dictature du prolétariat, le communisme sera enfin instauré, les moyens de production collectivisé, l'Etat aboli, la lutte des classes achevées, et tout le monde vivra heureux. Je suis conscient que c'est une lecture un peu réductrice, mais, sauf erreur de ma part, l'essentiel est là. Ici, mon lecteur m'arrêtera peut-être pour me dire : cher Emmanuel Raveline, je vois où vous voulez en venir : effectivement, cela ressemble à un roman d'anticipation. Mais anticipation n'est pas science fiction; et, quand bien même s'aventurer dans une définition de la science fiction est presque aussi périlleux que définir le marxisme, on s'accordera pour dire que la composante "scientifique" signalée par le nom même du genre, fait pour le moment défaut.

Toutefois, le marxisme pose comme condition d'apparition du communisme un développement de la productivité rendu possible par le progrès technologique. En d'autres termes, le marxisme n'est pas, en soi, œuvre de science-fiction, mais, dans sa lecture (et probablement dans sa lecture matérialiste) du futur, il invite la théorie politique à la science-fiction, non simplement à un messianisme, à une transformation en religion séculière comme le pensait Aron. Simon Leys estime que les siècles futurs retiendront plus, dans le Manifeste du Parti Communiste le génie de la formule - et notamment le fameux incipit, "un spectre hante l'Europe, c'est le spectre du communisme" - que le génie de la théorie ; une esthétique plus qu'une vérité[2]

Maintenant, j'imagine que c'est parce que la marxisme n'est pas simplement une œuvre de science-fiction qu'il a connu l'incroyable postérité qu'on sait. Enfin, je fais plus qu'imaginer ; je l'espère.

Notes

[1] Gérard Genette, dans son dernier livre, raconte cette cruelle anecdote : il me semble que c'est à l'occasion d'une fête de l'Humanité qu'il entend un jeune militant du P.C. crier : "Achetez le Manifeste du Parti Communiste, par Marx et sa femme, Angèle !" Les agitations de bras d'un de ses camarades lui indiquent que quelque chose cloche dans son propos. Il se reprend : "Par Marx et sa compagne, Angèle !".

[2] Cette idée est brièvement évoquée dans le premier chapitre de son livre intitulé Protée, parut chez Gallimard et consacré aux débuts et fins de chapitre.

Rideur d'ail geste (1)

  • La seule scène que j'ai vraiment aimé dans L'œuvre au noir, c'est le siège de Münster (1534), un épisode de folie collective où la ville toute entière a subi et accepté, selon les cas, la théocratie imposée par Jan de Leyde, qui voyait dans la cité la nouvelle Jérusalem. Wikipedia renvoie sur cet intéressant papier d'une université de théologie consacrée à la polygamie à Münster ; Leyde ayant imposé la pratique de la polygamie dans la ville. L'une des explications avancée par l'auteur est la disproportion nette entre population féminine (75 %) et masculine (25 %), essentiellement suite à la série de bannissements et d'exils ayant accompagné la prise du pouvoir par le groupe d'anabaptistes dont Leyden prit la tête à la mort de son mentor Jan Mathis.

  • Toujours à la recherche de cartes historiques (en fait, mon rêve serait un logiciel de cartographie simple, disposant de fonds de cartes siècles par siècles, qui me permettrait de placer quelques villes et d'inscrire une date à côté), je tombe sur l'excellente réserve de la Texas University d'Austin, dont la collection est plus que respectable. Je recommande au lecteur pressé de jeter un coup d'œil ému aux cartes du débarquement. Ce qui serait formidable, c'est un Google Earth historique.

  • Sur le même thème, il est vraiment dommage que le blog Visions cartographiques du Monde Diplomatique ne publie pas plus. La partie de ce billet sur la carte de l'Afrique du sud conservée par le site de l'Assemblée Nationale est savoureuse.

  • J'aime beaucoup ce billet du Chafouin, notamment l'idée du parallèle journalistes politiques / journalistes sportifs dans la relation au pouvoir.

  • Quelqu'un connaît un équivalent francophone de HNN ? Mon lecteur wikio personnalisé, avec recherche des mots "histoire" et "historien" est très insuffisant et prend des tas de trucs qui n'ont rien à voir. Et si jamais HNN me lit : très bonne idée d'avoir des blogs, mais quel dommage qu'ils n'aient pas leur propre identité graphique, cela gâche un peu la lecture (allez, on y croit : I'm pleased to see that you HNN guys have blogs, but it's a pity they don't have their own graphical identity. It makes the reading harder. Ou un truc comme ça. Cela fait trop longtemps que je n'ai pas fait d'anglais, moi...).

  • Ceci dit, sans HNN, je n'aurais jamais découvert Heavy Metal Islam. Et ça, ce serait dommage.

  • edit Amusante (et stimulante) réflexion chez Nick Carraway, à partir d'une interview fascinante de Jon Elster.

Juin, ton soleil, ardente lyre...

... brûle mes doigts endoloris. Ce sont mes vers préférés de la Chanson du Mal Aimé d'Apollinaire. Et je me réjouis de voir que cela fait six mois que j'arrive à faire un billet mensuel ayant dans le titre une citation musicale ou littéraire. Quand bien même tout le monde s'en fiche royalement.

Pas de République des Blogs ce mois-ci, pour un grand nombre de raison toute plus complexes les unes que les autres. Alors, que dire dans ce billet mensuel ? Sinon que j'abandonne selon toute probabilité droit et économie, mamelles amères, pour retourner à l'histoire. Hélas, pour avoir une chance d'enseigner un jour l'histoire de la Révolution Française à un parterre d'étudiant, il me faut cette chose abominable qu'on nomme, dans le Royaume de France, l'Agrégation. Bon, ça ne fera jamais que le cinquième concours que je prépare.

Vous comprendrez que ceci risque d'atténuer quelque peu le rythme de publication sur ce blog, qui, pendant un an, sera surtout (je crains) un compendium d'anecdotes variées tiré de mes lectures. Je vais notamment être obligé de mettre en stand-by ma série sur la mort du Roi, ce qui me chagrine beaucoup. Mais un jour, oui !, un jour j'aurais un salaire, un emploi du temps stable et un peu plus de stabilité. (Du reste, lecteur membre du patronat, si tu as besoin d'un brillant jeune homme plein d'esprit et de talent, mon adresse e-mail est sur le côté.)

Absurde situation, s'il en est. Toutefois, il y a peut-être une solution, un plan B. En effet, lecteur, peut-être as-tu une machine à remonter le temps. Auquel cas, va séance tenante utiliser cet astucieux chronoscaphe, et déplace toi derechef le 26 novembre 1764. Là, obtient aussi vite que possible un rendez-vous avec Louis XV. Tu le reconnaîtra facilement : on dirait François Fillon dopé à la cortizone et avec une perruque. En présence du monarque, présente l'humble supplique suivante : "Sire, de grâce, n'expulsez point les Jésuites. Je viens du futur (par la grâce de notre seigneur Jésus Christ). Les conséquences de vos actions ont transformé mon époque en un monde épouvantable, sans foi ni loi. Songez-donc, il existe un concours de recrutement atroce pour sélectionner les membres du corps enseignant. Vous n'imaginez pas ce que les jeunes gens doivent faire pour survivre. Gardez les Jésuites : vous nous sauverez de l'agrégation. " Tu peux aussi essayer avec Napoléon en mars 1808, mais Louis XV devrait être plus facile à manipuler (si possible, apporte lui une jolie fille : Louis XV avait un petit point faible de ce côté là).

Voilà où j'en suis. Alors que, normalement, si on me donnait une machine à remonter dans le temps, j'en profiterais pour aller écouter Bessie Smith en live à la fin des années 1920. Ou je m'emploierais volontiers à sauver Schubert du typhus, contre la promesse de ne plus se mêler de musique symphonique et de se concentrer sur la musique de chambre. Bref, des trucs normaux, quoi.

Tendre vers le centre

Les libéraux ?

Quelle bande de lâches. Franchement. Il paraît évident que l'homme est un animal politique - tellement évident que même les grecs, une bande de minables qui passaient leur temps à faire la guerre l'ont découvert. On ne peut pas échapper au groupe. Oh, je sais ce que me diront certains, parmi les plus libertaires même : "Mais non, on a rien contre le groupe. C'est juste qu'il ne doit pas nous dicter notre façon de faire." Je vais vous dire : si les voisins du 4e d'en face continuent de beugler comme ça les fenêtres ouvertes, je m'en vais leur dicter ma façon de faire. Les libéraux ? Ils se la jouent élitisto-humanistes (que le meilleur gagne, mais tout le monde a sa chance), pragmatico-idéalistes (ça marche mieux ainsi, et puis la liberté, c'est beau), martyro-triomphaliste (on ne nous aime pas, mais on gagnera parce qu'on est les meilleurs). Des lâches, vous dis-je. Non seulement ils ont des mélanges idéologiques dignes d'adolescents prépubères, mais en plus, au nom de leurs idéaux, au fond, ils veulent se débarrasser du combat éternel entre groupe et individu. Ils veulent une victoire de l'individu, et avoir la paix. Aucun courage, derrière leurs belles allures. Franchement. Les libéraux ? Des zéros.


Les collectivistes ?

Quelle bande de lâches. Franchement, il paraît évident que la dignité humaine passe par le respect de l'individu - tellement évident que même les philosophes des lumières, une bande de petits snobs en train de s'empiffrer dans des salons mondain l'avaient compris. Oh, je sais ce me diront que certains, parmi les plus communistes même : "Mais non, on a rien contre l'individu. C'est juste qu'il doit respecter la vie du groupe." Je vais vous dire : même moi qui ne paye pas d'impôt sur le revenu, je paye déjà trop d'impôt, avec leur stupide T.V.A. Les collectivistes ? Ils se la jouent élitisto-humaniste (l'avant garde, camarade, protègera l'humanité toute entière), pragmatico-idéalistes (l'histoire va dans cette direction de toute façon ; et puis, c'est tellement beau la révolution), martyro-triomphaliste (le grand capital nous exploite, mais la vengeance sera terrrrrible). Des lâches, vous dis-je. Non seulement ils ont des mélanges idéologiques dignes d'adolescents prépubères, mais en plus, au nom de leurs idéaux, au fond, ils veulent se débarrasser du combat éternel entre groupe et individu. Ils veulent une victoire du groupe, et avoir la paix. Aucun courage, derrière leurs belles allures. Franchement. Les collectivistes ? Des zéros.


Les centristes ?

Quelle bande de lâches. Franchement, il paraît évident que c'est pas en se croisant les bras à rien foutre qu'on va arriver à quelque chose un jour - tellement évident que même le diable lui-même l'avait compris dans sa mission undercover au Paradis sous la forme d'un serpent[1]. Oh, je sais ce que me diront certains, parmi les plus consensualistes, même : "Mais non, on a rien contre l'action. On prend le meilleur des deux bords, et on ne veut pas d'une lutte fratricide et inutile." Je vais vous dire : si les deux partis au pouvoir ne sont pas fichus de se donner quelques gnons dans la figure, d'avoir de vrais beau débat avec épigrammes sanglantes, fleurs de rhétoriques et arguments convaincant à l'appui, ce n'est pas une bande de mous au milieu qui va tirer les marrons du feu. Les centristes ? Ils se la jouent élitisto-humanistes (on est plus malin, on a compris qu'il fallait pas se battre ; mais on veut le bien de tous), pragmatico-idéaliste (le centre, y'a que ça qui marche, et puis c'est beau la troisième voie), martyro-triomphaliste (on ne nous laisse jamais parler, mais de toute façon, le pays réel est avec nous). Des lâches, vous dis-je. Non seulement ils ont des mélanges idéolgoiques dignes d'adolescents prépubères, mais en plus, au nom de leurs idéaux, au fond, ils veulent se débarrasser du combat éternel entre groupe et individu. Ils voudraient que les deux se serrent la main, et avoir la paix. Aucun courage, derrière leurs belles allures. Franchement. Les centristes? Des zéros.

(Ce billet était sponsorisé par tous les cafés du commerce de France et de Navarre.)

Notes

[1] Vous noterez que les serpents ne croisent jamais les bras.

Ironie

Je regarde un peu le projet (grand mot) de réforme / refonte / réorganisation / dépouillage / désossage / changement cosmétique (choisissez la mention correspondant à votre point de vue et votre orientation politique) du service public audiovisuel.

Et, dans ma bibliothèque, d'où les livres prennent toujours le même malin plaisir à choir, je vois que menace de tomber l'un des meilleurs livres de François Crouzet, De la supériorité de l'Angleterre sur la France.

Comme quoi, en histoire, il y a quand même des constantes

La table D10 du Président Sarkozy

Bonjour, ami lecteur ! Peut-être n'es-tu point rôliste. C'est bien dommage. Car vois-tu, le jeu de rôle est une activité formidable, qui peut constituer un simple divertissement comme un accomplissement quasi-artistique. La pratique du jeu de rôle me fait un point commun avec d'aussi illustres modèles que Maître Eolas ou le regretté Phersu. On y trouve de tout, du meilleur au pire (ami rôliste, clique sur ce dernier lien, tu ne sera pas déçu), du parodique à l'historique. Ce jeu peut également servir à accroître sa vis comica comme ce billet entend à présent le démontrer.

Mais si tu n'as jamais pratiqué cet agréable hobby, ami lecteur, tu ne sais pas ce qu'est une "table" au sens où un rôliste l'entend. Procédé quelque peu discrédité aujourd'hui que le milieu est envahi par une vision parfois un peu esthétisante-snob du jeu, la "table aléatoire" permet d'introduire un événement, une créature hostile, à peu près n'importe quoi par hasard, en se fiant au résultat d'un dès. Il est courant, aujourd'hui, de fabriquer dans les jeux des "tables aléatoires" pour rendre un hommage aux vénérables "tables de rencontres" des premiers jeux de rôles, ou bien au contraire pour tourner en dérision la pratique.

Ces tables, fort utiles en leurs temps, introduisent parfois un caractère abrupt, incohérent, lié à la loi d'airain du hasard. De là je tire ma conclusion personnelle : Nicolas Sarkozy, dont la politique procède par bonds et par ris, choisit probablement la course astrale de ses actions politiques en se fiant à un D10, c'est à dire un dé à dix faces, et une "table aléatoire" qui lui indique que faire. Voici mon estimation de ce que cette table doit être.


TABLE DE RESOLUTION DES PROBLEMES POLITIQUES

Un problème politique de tout ordre se pose. Lancez un dès et appliquez la méthode suggérée par le résultat.

1 - Changez de femme.

2 - Donnez une mission à un de vos amis, en lui confiant, si nécessaire, une commission, un groupe de travail, un comité d'experts, etc.. Une fois que la "mission" sera achevée, envoyez le rapport au Parlement. Laissez mijoter.

3 - Dites "non, ça ne va pas se passer comme ça". Si possible devant une meute de journaliste. Prenez un air convaincu, battant ; vous êtes le chevalier qui affronte l'injustice, et le bon peuple doit le comprendre. Proposez une grande mesure. Tiens, par exemple, une nouvelle loi sur la récidive.

4 - Demandez à Henri. Henri a toujours des idées amusantes.

5 - Traitez votre entourage de con : si vous n'étiez pas entouré d'incompétent, ce problème n'existerait pas / aurait déjà été réglé / serait passé inaperçu.

6 - Envoyez Rachida. Ou Brice. Ou Fadela. Ou Rama. Ou François. Non, pas François. Envoyez n'importe qui, sauf François (sauf si le problème n'a pas de solution : dans ce cas, envoyez François en première ligne). Ca les occupera.

7 - Demandez à Vincent. Ou Arnaud. Vincent et Arnaud n'ont pas toujours de bonnes idées, mais ils sont toujours là pour vous.

8 - Fumez un bon cigare, ça détend. Ou allez boire une vodka avec Vladimir. Ou faites un voyage à l'étranger : tenez, à Windsor, c'était pas mal ce que vous aviez mangé, contrairement à toutes ces blagues sur la cuisine anglaise. A votre retour, un autre problème aura fait oublier celui qui se pose pour le moment.

9 - Dites que les caisses sont vides. Mais que bon, le temps qu'on ne remplace pas un fonctionnaire sur deux, elles seront à nouveaux pleines, donc, à long terme, tout ira bien.

10 - Appelez un journaliste. Obtenez une caméra. Faites-vous poser la question relative à ce problème. Hochez la tête d'un air sérieux. Regardez droit dans les yeux votre interlocuteur, baissez un peu la voix. Dites, d'un air inspiré : "Je suis particulièrement sensible à ce problème. Je vais m'en occuper personnellement." Si on vous demande des précisions, dites que vous allez faire "tout ce qui est nécessaire". Si on vous presse encore, ajoutez que ce sera : "Votre priorité". Si, décidément, on vous demande ce que vous allez faire, concrètement, dites qu'il est temps que tous ces profiteurs, ces tricheurs, ces voleurs, ces immigrés, ces fonctionnaires et tous ces types là, eh ben c'est type dont à cause desquels de qui c'est de leur faute, hein, ben il est temps que vous leur régliez leur compte. Vous seul, parce que vous êtes l'unique personne assez couillue dans ce pays de merde pour faire quoi que ce soit. Surtout, en disant cela, prenez un air gentil. Dites bien que vous n'êtes pas bien méchant, que vous êtes désolé si votre politique géniale vexe des gens, mais bon, voilà, on ne fait pas d'omelettes sans casser des oeufs. Et que vous, contrairement à tous ces minables avant / autour de / contre / avec vous, vous, hein !, oh !, vous agissez ! N'hésitez pas à dire : "Il y a des lois". Si franchement on vous pousse à bout, dites que vous allez nous débarrasser de toute cette racaille / ces pauvres cons / ces incompétents, etc.

Et quoi qu'il arrive : souriez. Vous êtes probablement filmé.

Cynisme

Cincinnatus, (...) un cas tellement exceptionnel que 2 500 ans après on le cite encore en exemple.

(Lu sur un forum, à propos des hommes politiques incapables d'abandonner le pouvoir). Jugement peu sympathique pour Sylla, qui a abandonné la politique au sommet de son ascension. Et pour beaucoup d'autres, en fait, mais là, j'ai un peu la flemme de faire la liste.

Ca me rappelle cette noble dont le nom m'échappe, qui, après le retour d'Amérique des généraux français bardés de décoration gagnées lors de la guerre d'Indépendance, se demandait qui était ce "Saint Cinati" (voyez ici, et si Cincinnatus ne vous dit rien, ici).
Je ne sais pas pour vous, mais je trouve que les meilleures anecdotes sont au XVIIIe. (Bon, et la crème de la crème est en 1789 et 1799, of course).

Histoire du royaume de France dans l’antiquité terrienne, par Zorglub d’Ufol la Troisième (6)

Beaucoup des prédécesseurs de Zorglub, logographes, juristes, ethnologues, se sont cassés les dents sur le système juridique et constitutionnel du royaume de France. Entre la lettre du texte, en tout cas selon la lecture canescenexigus contemporaine, et la réalité qui nous est perceptible dans le royaume de France du XXIe siècle, il y a bien sûr un fossé.

Il paraît déjà évident que l’origine de ce texte est plus qu’incertaine. A l’origine, Zorglub pense qu’il s’agissait d’une charte octroyée par le mythique Gal des Gaules[1], plus probablement l’œuvre de son éminence grise, l’énigmatique Michel Debré. L’invasion des hordes barbares repoussé, les barons laissèrent, selon la légende, le pays à feu et à sang. Gal des Gaules, s’il a jamais existé, se présentait comme un messie : initié dans la mythique Angleterre pendant les invasions barbares, il aurait ensuite fait un pèlerinage mystique couramment nommé « la traversée du désert ». Il profita du chaos pour se faire élire monarque, instituant la « Ve République ». Il créa un fâcheux précédent, courant dans l’histoire du royaume de France : il ne respecta guère la charte qu’il avait lui-même institué[2].

Mais les usages imposèrent peu à peu une certaine pratique de la charte, ou si l’on préfère, de la constitution. Ainsi, il semble que le pouvoir bicéphale, curiosité même à l’époque, partagé entre monarque électif (ou Président) et grand chambellan (« premier ministre », comme disaient les français) institutionnalisait en fait les rivalités des maisons nobles[3]. Le Parlement, une espèce de chambre d’enregistrement dont l’utilité nous échappe beaucoup, arbitrait manifestement entre les deux fonctions : penchant tantôt du côté du monarque, tantôt du côté du chambellan. On avait également perverti un dispositif antérieur, qui permettait de faire trancher les litiges par le peuple ; le plébiscite, traditionnel dans le Royaume, déguisé sous le nom de referendum. Le mythique Gal des Gaules aurait compris son utilisation comme une remise en cause de la couronne : la défaite signifiait l’abdication du roi[4]. Que cela soit vrai ou pure folklore, le fait est que cette conception avait été abandonnée ; ce qui était naturellement signe de la personnalisation du régime et un aveu à peine masqué de son caractère monarchique (chose rare, chez un peuple aussi peu enclin à reconnaître la réalité de son régime que les français). En effet, dans nos démocraties modernes, éclairées par la Conscience (Louée Soit-Elle !), un individu n’est rien, même au pouvoir ; ce qui compte, ce sont ses idées. Le rejet des idées, logiquement, doit amener l’individu à se démettre. Mais les français, et surtout leurs rois, ne réfléchissaient pas ainsi. Bien sûr, les monarques justifiaient les choses en séparant l’individu et ses causes : le Roi retenait l’enseignement de son peuple – mais ainsi enrichi, restait sur le trône. Casuistique ingénieuse, mais qui invitait les peuples à ne pas jouer les règles du jeu, car ils en profitaient pour démonter l’idée, non pour elle-même, mais à cause de l’individu qui la présentait. Dans toutes ces aventures, la vraie démocratie souffrait en silence, désolée que l’on pare de son nom de tels usages barbares. Et le débat des esprits devenait celui des personnes.

Peut-être aussi les Rois croyaient-ils que les français n’étaient pas assez mûrs pour considérer sérieusement les questions qu’on pouvait leur poser. Mais était-ce dans un régime qui les infantilisait, et en leur imposant ce régime de monarchie sucrée, que l’on était certain de les faire parvenir à la maturité ? Zorglub croit qu’on peut en douter.

Notes

[1] Gal semble avoir été un prénom porté par les héros militaires. Il peut être allongé en Charles ou Général, selon les auteurs. Gaules est souvent orthographié en « Gaulle », touchante façon de dissimuler l’évident appel à la glorieuse anté-pré-proto-préhistoire du royaume de France dans la construction du héros légendaire.

[2] Cf. Agnul Myzzic, Sous les armes du Chien-Lys : essai de biographie du monarque légendaire Gal des Gaules, Gnârgl, Ufol-Amour, 8785.

[3] Cf. Mijel Winücc, L’hôtel et les révolutions de Palais, le match Matignon – Elysée dans la Ve République du royaume de France, Presses du Monopole Intellectuel, s.d.

[4] Cf. Zerg Unzborghu, Soixante-Neuf, année névrotique : début d’une histoire du « non » dans le Royaume de France, Bodg, Ufol-Kswagen, 8879.

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