Bonjour, ami lecteur ! Peut-être n'es-tu point rôliste. C'est bien dommage. Car vois-tu, le jeu de rôle est une activité formidable, qui peut constituer un simple divertissement comme un accomplissement quasi-artistique. La pratique du jeu de rôle me fait un point commun avec d'aussi illustres modèles que Maître Eolas ou le regretté Phersu. On y trouve de tout, du meilleur au pire (ami rôliste, clique sur ce dernier lien, tu ne sera pas déçu), du parodique à l'historique. Ce jeu peut également servir à accroître sa vis comica comme ce billet entend à présent le démontrer.
Mais si tu n'as jamais pratiqué cet agréable hobby, ami lecteur, tu ne sais pas ce qu'est une "table" au sens où un rôliste l'entend. Procédé quelque peu discrédité aujourd'hui que le milieu est envahi par une vision parfois un peu esthétisante-snob du jeu, la "table aléatoire" permet d'introduire un événement, une créature hostile, à peu près n'importe quoi par hasard, en se fiant au résultat d'un dès. Il est courant, aujourd'hui, de fabriquer dans les jeux des "tables aléatoires" pour rendre un hommage aux vénérables "tables de rencontres" des premiers jeux de rôles, ou bien au contraire pour tourner en dérision la pratique.
Ces tables, fort utiles en leurs temps, introduisent parfois un caractère abrupt, incohérent, lié à la loi d'airain du hasard. De là je tire ma conclusion personnelle : Nicolas Sarkozy, dont la politique procède par bonds et par ris, choisit probablement la course astrale de ses actions politiques en se fiant à un D10, c'est à dire un dé à dix faces, et une "table aléatoire" qui lui indique que faire. Voici mon estimation de ce que cette table doit être.
TABLE DE RESOLUTION DES PROBLEMES POLITIQUES
Un problème politique de tout ordre se pose. Lancez un dès et appliquez la méthode suggérée par le résultat.
1 - Changez de femme.
2 - Donnez une mission à un de vos amis, en lui confiant, si nécessaire, une commission, un groupe de travail, un comité d'experts, etc.. Une fois que la "mission" sera achevée, envoyez le rapport au Parlement. Laissez mijoter.
3 - Dites "non, ça ne va pas se passer comme ça". Si possible devant une meute de journaliste. Prenez un air convaincu, battant ; vous êtes le chevalier qui affronte l'injustice, et le bon peuple doit le comprendre. Proposez une grande mesure. Tiens, par exemple, une nouvelle loi sur la récidive.
4 - Demandez à Henri. Henri a toujours des idées amusantes.
5 - Traitez votre entourage de con : si vous n'étiez pas entouré d'incompétent, ce problème n'existerait pas / aurait déjà été réglé / serait passé inaperçu.
6 - Envoyez Rachida. Ou Brice. Ou Fadela. Ou Rama. Ou François. Non, pas François. Envoyez n'importe qui, sauf François (sauf si le problème n'a pas de solution : dans ce cas, envoyez François en première ligne). Ca les occupera.
7 - Demandez à Vincent. Ou Arnaud. Vincent et Arnaud n'ont pas toujours de bonnes idées, mais ils sont toujours là pour vous.
8 - Fumez un bon cigare, ça détend. Ou allez boire une vodka avec Vladimir. Ou faites un voyage à l'étranger : tenez, à Windsor, c'était pas mal ce que vous aviez mangé, contrairement à toutes ces blagues sur la cuisine anglaise. A votre retour, un autre problème aura fait oublier celui qui se pose pour le moment.
9 - Dites que les caisses sont vides. Mais que bon, le temps qu'on ne remplace pas un fonctionnaire sur deux, elles seront à nouveaux pleines, donc, à long terme, tout ira bien.
10 - Appelez un journaliste. Obtenez une caméra. Faites-vous poser la question relative à ce problème. Hochez la tête d'un air sérieux. Regardez droit dans les yeux votre interlocuteur, baissez un peu la voix. Dites, d'un air inspiré : "Je suis particulièrement sensible à ce problème. Je vais m'en occuper personnellement." Si on vous demande des précisions, dites que vous allez faire "tout ce qui est nécessaire". Si on vous presse encore, ajoutez que ce sera : "Votre priorité". Si, décidément, on vous demande ce que vous allez faire, concrètement, dites qu'il est temps que tous ces profiteurs, ces tricheurs, ces voleurs, ces immigrés, ces fonctionnaires et tous ces types là, eh ben c'est type dont à cause desquels de qui c'est de leur faute, hein, ben il est temps que vous leur régliez leur compte. Vous seul, parce que vous êtes l'unique personne assez couillue dans ce pays de merde pour faire quoi que ce soit. Surtout, en disant cela, prenez un air gentil. Dites bien que vous n'êtes pas bien méchant, que vous êtes désolé si votre politique géniale vexe des gens, mais bon, voilà, on ne fait pas d'omelettes sans casser des oeufs. Et que vous, contrairement à tous ces minables avant / autour de / contre / avec vous, vous, hein !, oh !, vous agissez ! N'hésitez pas à dire : "Il y a des lois". Si franchement on vous pousse à bout, dites que vous allez nous débarrasser de toute cette racaille / ces pauvres cons / ces incompétents, etc.
Et quoi qu'il arrive : souriez. Vous êtes probablement filmé.