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lundi 28 mai 2007

République des Blogs

Eh bien ça y est, j'ai passé ma première soirée au Pavillon Baltard. Avec un avantage non négligeable : si ce blog est pratiquement inconnu, Paxatagore, en bon lieucommunard, y est plus célèbre. Donc, quand quelqu'un me regardait avec une mine songeuse : "Big Blogger, Big Blogger..." je pouvais allègrement répondre : "Je suis le petit frère de Paxatagore". Et là, miracle, même si les gens n'avaient absolument aucune idée de l'existence de mon blog, ils se disaient que je devais être un chic type (sauf quelques irréductibles avocats géniaux).

Misanthrope de nature, j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup de monde, et je m'étonnais d'entendre sans cesse : "On est vraiment en petit comité". Bref, peu de monde ou pas, j'ai pris mon carnet avec moi pour enrichir mon blogroll. Jules s'était vanté d'être le deuxième à répondre sur la liste du metawiki gracieusement hébergée par le grand absent de la soirée. Je peux me vanter d'avoir été le deuxième arrivé, ce qui m'a permis de rencontrer Authueil, avec qui je ne suis clairement pas d'accord politiquement. J'ai découvert Denys, qui est un des rares exemples de sociologue sympathique que je connaisse, le très impressionnant Verel, Kenneth d'élections présidentielles (j'espère ne pas me tromper de site) avec qui j'ai eu une conversation historiquo-philosophique passionnante, et qui est diablement sympathique. Ah, j'allais oublier Palpatine qui riait beaucoup et semblait raconter un truc sur l'opéra et les haikus, mais j'ai du suivre d'une seule oreille. Pire, il a refusé de m'admettre comme "geek". Ca, ça fait très mal.

Mais j'ai surtout passé beaucoup de temps à discuter avec Aymeric, plein d'esprit et muni d'un chapeau d'une grande élégance, particulièrement tracassé par le paradoxe de ceux qui se réclament de Bourdieu et exigent plus d'Etat pour résoudre les problèmes (Aymeric, pas le chapeau). Et qui m'a offert une bière, à charge de revanche. Mais à part ça, je n'ai pas vraiment tenu de grandes conversations politiques. Ce n'est peut-être pas plus mal ! Ceci étant, je retiens la leçon : la prochaine fois, je viens en costume-cravate, les gens croiront que j'ai un travail.

samedi 26 mai 2007

Chroniques estudiantines apolitiques (II) : le Tocqueville magique

La fin de l'automne nous volait toute la lumière, et ça n'était pas des plus réjouissants. D'un naturel dépressif, je sautais sur l'occasion pour plonger dans les affres de l'angoisse. Les sujets ne manquaient pas. Fort heureusement, je disposais d'un traitement de choc à cet état désagréable : reprendre l'habitude délicieuse de tout critiquer en vrac. Je ne pouvais donc pas manquer l'effet Tocqueville.

Dans les sciences humaines, on est paresseux. Inutile de nier : c'est vrai. La méthode même d'un bon travail, dans ce domaine, est très nonchalante. On peut parfois, bien sûr, entrer dans une frénésie de lecture et de note, mais en réalité, le gros du travail s'effectue dans une certaine lenteur. Cela donne parfois de mauvais penchants, ça vous habitue à la paresse. J'avais pu noter, du fait de ma précédente année d'expérience proprement universitaire, deux traits qui frappaient aisément le milieu historien. D'une part, l'habitude de ramener tout problème à une dialectique archaïsme et modernité, sympathique petite grille de lecture qui tournait toute seule et vous donnait l'impression d'avoir dit des choses profondes. Je constatais à présent un syndrôme similaire, quoique moins contagieux: le Tocqueville Magique.

Jadis, on vous refilait le Tocqueville Magique sous le manteau. Le petit Alexis avait été deux fois best-sellers, tant pour sa Démocratie en Amérique que pour son Ancien et Régime et la Révolution. Puis, il était doucement tombé dans l'oubli dans son propre pays. On connaissait son nom, on ne le travaillait pas. Fâché de cette espèce d'enlisement, il s'est trouvé, ces trente dernières années, une horde sympathique pour trompetter tout fort à la gloire du grand Toc. Ce sursaut était en soi, admirable. Dans le domaine qui m'intéressait, le grand exemple était François Furet, qui, brandissant son Tocqueville tel un bouclier, avait pu développer une thèse géniale sur la Révolution Française. Depuis, le malheur venait de ce que Tocqueville était devenu un alibi, un moyen d'avoir quelque chose sur quoi on pouvait parler.

Tocqueville était devenu un passeport. On en était ou n'en n'était pas. Ce n'était plus une lecture confidentielle, c'était carrément devenu un club. Je comprenais aisément que si j'étais amené à tenir un séminaire un jour, il me faudrait non seulement glisser son nom, mais surtout souligner que "bien peu de gens ont lu Tocqueville" (une tournure de phrase qu'à la suite de la lecture de Pierre Jourde, j'appellais un Sollersisme). Bien sûr, lorsque tout le monde se met à dire que peu de gens ont lu Tocqueville, ça fait suspect. Ne soyons pas de mauvaise foi : de temps à autres, certains esprits fin reconnaissaient que, oui, il arrivait que même dans les membres du club d'en face on citât Tocqueville; mais c'était pour le critiquer sur un point précis, la thèse d'ensemble étant inattaquable.

Le résultat produit était bien évidemment tout à fait inverse : à force d'entendre tout le monde encenser Tocqueville et notamment sa thèse, et alors même que j'avais lu son Ancien Régime avec beaucoup d'admiration, j'en vins à désirer ardemment trouver à y redire, réfuter une bonne fois pour toute la thèse. Ce serait bien sûr un projet que je ne mettrais pas en marche. D'abord, c'était en soi extrêmement difficile. Le mieux qu'on pouvait faire, c'était minimiser l'apport de Tocco lui même, en soulignant que la thèse avait déjà été développé ou que la méthode n'avait pas d'originalité propre : ainsi, certaines pages d'un Châteaubriand, voire d'un Constant, en avaient les caractères; Mirabeau avait déjà tout compris, au moment même des événements[1]; Guizot lui avait fourni tous les moyens. Mais ainsi que me le disait un maître, Maître Tocqueville avait l'aptitude formidable à lire des thèses géniales, à en retenir toute l'articulation, pour arriver à des conclusions complètement différentes, voire inverse.

J'admirais beaucoup cette capacité, naturellement. Je ne pouvais m'empêcher de me demander : comment se fit-il que personne n'appliquait la même chose avec l'idole ?

Notes

[1] A ce sujet, cf. ses lettres confidentielles à Louis XVI, qui feraient passer Machiavel pour un débutant.

Anthologie du titre long, dans sa forme la plus élongée, pour faire des tests de page

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jeudi 24 mai 2007

Blog désaffecté

Ce blog est fermé. Il me sert à tester un thème. Inutile d'y rester...